Phébus et Borée

"Plus fait douceur que violence"

On peut toujours résister à violence, mais on ne résiste pas à la douceur.
Fiami a partagé cette fable avec des enfants à la Bibliothèque de l'ONU à Genève.

Phébus et Borée
La fable manuscrite et colorée par Fiami

Phœbus et Borée
par Jean de La Fontaine

Borée et le Soleil virent un Voyageur
Qui s’était muni par bonheur
Contre le mauvais temps. On entrait dans l’Automne,
Quand la précaution aux Voyageurs est bonne :
Il pleut ; le Soleil luit ; et l’écharpe d’Iris
Rend ceux qui sortent avertis
Qu’en ces mois le manteau leur est fort nécessaire.
Les Latins les nommaient douteux pour cette affaire.
Notre homme s’était donc à la pluie attendu.
Bon manteau bien doublé ; bonne étoffe bien forte.
Celui-ci, dit le Vent, prétend avoir pourvu
À tous les accidents ; mais il n’a pas prévu
Que je saurai souffler de sorte,
Qu’il n’est bouton qui tienne : il faudra, si je veux,
Que le manteau s’en aille au Diable.
L’ébatement pourrait nous en être agréable :
Vous plaît-il de l’avoir ? Et bien gageons nous deux
(Dit Phœbus) sans tant de paroles,
A qui plutôt aura dégarni les épaules
Du Cavalier que nous voyons.
Commencez : Je vous laisse obscurcir mes rayons.
Il n’en fallut pas plus. Notre souffleur à gage
Se gorge de vapeurs, s’enfle comme un balon ;
Fait un vacarme de démon ;
Siffle, souffle, tempête, et brise en son passage
Maint toit qui n’en peut mais, fait périr maint bateau ;
Le tout au sujet du manteau.
Le Cavalier eut soin d’empêcher que l’orage
Ne se pût engouffrer dedans.
Cela le préserva : le vent perdit son temps :
Plus il se tourmentait, plus l’autre tenait ferme :
Il eut beau faire agir le collet et les plis.
Sitôt qu’il fut au bout du terme
Qu’à la gageure on avait mis ;
Le Soleil dissipe la nue :
Recrée, et puis pénètre enfin le Cavalier ;
Sous son balandras fait qu’il sue ;
Le contraint de s’en dépouiller.
Encor n’usa-t-il pas de toute sa puissance.
Plus fait douceur que violence.


 

Borée et le Soleil
par Esope


Borée et le Soleil contestaient de leur force. Ils décidèrent d’attribuer la palme à celui d’entre eux qui dépouillerait un voyageur de ses vêtements. Borée commença ; il souffla avec violence. Comme l’homme serrait sur lui son vêtement, il l’assaillit avec plus de force. Mais l’homme incommodé encore davantage par le froid, prit un vêtement de plus, si bien que, rebuté, Borée le livra au Soleil. Celui-ci tout d’abord luisit modérément ; puis, l’homme ayant ôté son vêtement supplémentaire, le Soleil darda des rayons plus ardents, jusqu’à ce que l’homme, ne pouvant plus résister à la chaleur, ôta ses habits et s’en alla prendre un bain dans la rivière voisine.

Cette fable montre que souvent la persuasion est plus efficace que la violence.